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Résilience

Un merveilleux malheur” (1). Cet oxymore (2), est le titre d’un ouvrage de Boris Cyrulnik. Il nous livre un formidable message d’espoir quant à tous ces enfants qui, bien que traumatisés, peuvent s’en sortir, voire « réussir ». On parle de résilience.

Le terme résilience est à l’origine utilisé en physique : il désigne la propriété d’un matériau à résister à un choc ou à retrouver sa forme initiale après avoir été comprimé ou déformé.

« En France, c’est le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik qui développe le concept de résilience en psychologie, à partir de l’observation des survivants des camps de concentration, puis de divers groupes d’individus, dont les enfants des orphelinats roumains et les enfants boliviens de la rue. » (Wikipédia) Le terme désigne alors « la capacité à réussir à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité qui comporte normalement le risque grave d’une issue négative. »

Nous savons qu’une situation peut affecter profondément une personne tandis qu’elle en laissera une autre passagèrement affligée, à peine « égratignée ». Si votre chien décède, la manière dont vous en serez affecté est très variable selon votre âge, votre attachement à lui, votre vulnérabilité du moment. Alors, posons un cadre assez simpliste mais plutôt consensuel sur la notion de traumatisme : le traumatisé vit avec la sensation plus ou moins prégnante de « ravage intérieur » pour avoir subi une ou des situations (parfois à répétition) d’une grande violence pour lui, l’ayant choqué, sidéré, disloqué. Il lui semble difficile ou impossible de s’en relever, de dépasser ce qu’il a enduré. Ses blessures peuvent compliquer ou empêcher sa vie sociale, affective. Toute relation est alors susceptible de créer en lui une forme de confusion, d’angoisse liées à la difficulté à se positionner entre proximité et distance, confiance et méfiance.

Qu’il s’agisse de traumas subis dans l’enfance ou survenus à l’âge adulte, comment survivre à des situations ayant menacé physiquement notre vie ou détérioré notre identité ? Comment s’en sortir face aux coups du sort, lorsque l’on n’a pas été reconnu, aimé, soutenu ? Pire, lorsqu’on nous a dénigré, dévalorisé, abusé, voire déshumanisé ? 

Comment l’enfant peut-il réagir face à une épreuve physique ou psychologique infligée bien souvent par son parent ? Voyons quelques uns de ces mécanismes qui concernent ce blog : le pervers narcissique et sa cible. Je tenterai de simplifier au maximum les explications sur les termes employés par les psychanalystes et psychiatres car ils rendent compte de mécanismes  psychiques quelquefois difficiles à appréhender. Pour des éclaircissements, je renvoie donc le lecteur à ce qu’expliquent les experts, dans des ouvrages ou sur les sites spécialisés.

1- Le clivage du moi est l’un des processus de protection interne.

Il consiste à diviser son moi en deux parties clairement différenciées, ce qui permet de préserver sa partie saine. Au final, la personne présente une partie socialement convenable, lui permettant d’être acceptée, et l’autre, discrète, cachée, secrète.

2- Le déni est un autre mécanisme de défense, en ce qu’il permet de ne pas percevoir la dangerosité de la situation ou d’en banaliser la réalité et l’impact.

La personne nie la réalité, celle qu’elle subit (et par la suite, parfois, celle qu’elle fait subir). On reconnaît là deux fonctionnements de base du pervers narcissique (3) qui entérinent le fait qu’il ait souffert, enfant, d’une réalité violente l’ayant condamné à se murer dans des attitudes assurant sa survie psychique, à la mesure des agressions subies. 

3- La projection : ce troisième processus, n’est ni l’apanage des pervers narcissiques ni directement relié à la résilience. Je ne l’évoque que pour boucler la boucle sur les mécanismes de défense des pervers narcissiques. C’est l’attitude d’une personne qui, lorsqu’elle vous critique, vous parle en réalité d’elle-même. Incapable d’accepter ses propres travers, qu’elle ressent inconsciemment, elle les projette sur autrui, dans le but de s’en débarrasser. Cet autre mécanisme de défense l’empêche de prendre pleinement conscience de ses dysfonctionnements et donc de progresser, puisqu’il protège le moi en remettant en question l’extérieur. 

4- Lintellectualisation est un autre système de défense : l’individu, parfois de manière précoce, se demande « Pourquoi faut-il que je souffre ? ». 

5- Associée à l’intellectualisation, on note la rêverie, l’imagination, lorsqu’il tente de se représenter son avenir, plus favorable, peut-être même heureux : « Serais-je capable de réussir ma vie ? Pourrais-je être heureux ? »

6- Autres modes de survie et de contournement de la souffrance, l’abstraction et l’humour. On reconnaît de nombreuses victimes de PN dans ces quatre systèmes de défense de base.

Ainsi, un enfant vivant dans un environnement hostile, destructeur, pourra s’en sortir s’il bénéficie, à un moment d’un facteur favorisant. Pour cela, il suffit d’une rencontre particulière, un voisin bienveillant, un professeur, un grand-parent, un oncle ou une tante, un psy, tout adulte dont le comportement sera adapté et bienveillant. Il suffit à l’enfant d’éprouver une véritable joie intérieure au contact de cette personne chaleureuse, attentionnée, simplement humaine. Cette rencontre lui donnera l’impression qu’il a de l’importance pour quelqu’un.

C’est pour cela que la plupart des personnes peuvent résilier même si celles qui ont subi dans leur enfance des chocs et des traumatismes ayant entraîné une destruction interne importante, parfois partiellement irréversible. Nous ne sommes pas tous égaux devant la capacité à dépasser le malheur. Cependant, heureusement, notre passé ne détermine pas forcément notre futur. Pour preuve, tous les enfants maltraités ne maltraitent pas à leur tour… 
Si une souffrance précoce nous a fragilisés, cassés, nos rencontres ultérieures, amoureuses, amicales ou sociales pourront nous réparer. Bien sûr nous porteront des cicatrices et ce sont elles qui nous rendent plus vulnérables, mais tellement conscients de la préciosité de la vie. 

Le résilient est comme quelqu’un resté trop longtemps dans l’eau glacée, en hypothermie, presque mort. Une rencontre fortuite peut le ramener à la vie, en le réchauffant lentement. Même si elles ont été vaincues, surmontées, les souffrances ne s’oublient pas. La vigilance reste de mise, personne n’est à l’abri de retomber dans l’eau.

Résilier n’est pas guérir de ses blessures mais de les transformer et d’en faire quelque chose d’improbable a priori. 

Ni acier, ni surhomme, le résilient ne peut échapper à l’oxymoron dont la perle d’huître pourrait être l’emblème. Quand un grain de sable pénètre dans une huître et l’agresse au point que, pour s’en défendre, elle doit sécréter la nacre arrondie, cette réaction de défense donne un bijou dur, brillant et précieux.

B. Cyrulnik

Synthèse

La résilience exprime la capacité de certains (ex-)enfants à surmonter de grands traumatismes menaçant leur survie physique et/ou psychique, à transmuter le grain de sable en perle ! Seuls, sans un événement, une rencontre providentielle pour rebondir, ils ne peuvent rien accomplir, bien qu’ils puisent largement dans leurs ressources personnelles, découvrant parfois des ressorts internes insoupçonnés.

La résilience dépasse la simple notion de résistance. Un résilient est bien vivant et, souvent, s’il ne vous racontait pas son histoire, vous ne pourriez imaginer ce qu’il a enduré. Son malheur est devenu une merveille…. 

Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un extrait du livre de B. Cyrulnik :

« … La résilience définit la capacité à se développer quand même, dans des environnements qui auraient dû être délabrants….  Il n’y a pas de fracas sans métamorphose. Les grands blessés de l’âme, les gueules cassées de la carence affective, les enfants battus et les adultes écorchés témoignent avec étonnement du développement intime d’une nouvelle philosophie de l’existence. Car l’obligation de comprendre et de demander « pourquoi » entraine à apprendre et à mieux analyser l’agresseur. Puis, le fait de se dire « et maintenant, que vais-je faire avec ma blessure? » invite à découvrir la partie saine de soi et à partir en quête de la main tendue.
Alors se tricote la résilience. Elle n’est pas à chercher à l’intérieur de la personne, ni dans son entourage, mais entre les deux, parce qu’elle noue sans cesse un devenir intime avec le devenir social »… 

J’aime aussi particulièrement cette conférence de B. Cyrulnik sur la résilience dans les situations extrêmes dans laquelle il évoque le parcours de Germaine Tillion. 

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(1) La trilogie de la résilience : Un merveilleux malheur, les vilains petits canards, le murmure des fantômes.

(2) Oxymore * (n.m.) : l’oxymore, ou oxymoron, est une figure de style, consistant à rapprocher deux mots dont le sens est apparemment contradictoire comme « la voix du silence », « un illustre inconnu », etc.

Quelques récits auto-biographiques :

  • La démesure de Céline Raphael. Ed. Broché
  • Derrière la grille de Maud Julien. Ed. Broché
  • Plus fort que la haine de Tim Guénard. Ed. Poche
  • Ma mère mon bourreau de Julie Grégory. Ed Archipoche

(3) Livre : Les pervers narcissiques : qui sont-ils, comment fonctionnent-ils comment leur échapper ? Jean-Charles Bouchoux. Ed. Broché

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