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Archive for the ‘Qui n’est JAMAIS manipulé ?’ Category

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau,
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie,
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Jean de la Fontaine

Vous influencez, vous êtes influencé(e), vous avez déjà (un peu) manipulé et peut-être vous a-t-on déjà (un peu) manipulé(e).

Dans la position du corbeau, peut-être mangeriez-vous un bout de fromage avant de le lâcher ! A la place du renard, peut-être êtes-vous de ceux qui chercheraient plutôt un moyen de le persuader de vous en donner « juste un bout » (car vous avez tout de même des scrupules) en jouant sur sa « bonté d’âme » et sur « votre faim abyssale » !

On peut dire que chacun de nous est susceptible d’être manipulé. Pourtant, j’ai croisé 2 ou 3 personnes (tout au plus) dans ma vie, dont je peux dire que si elles peuvent se laisser influencer, il sera quasi impossible de les manipuler. L’influence n’agira qu’à condition qu’elles aient la garantie de retirer un réel bénéfice personnel à se laisser convaincre et/ou si elles peuvent (se) donner l’impression d’avoir elles-mêmes choisi de changer d’avis, de choix, etc., sans intervention extérieure aucune.

Exemple : Imaginez que vous fassiez un trajet en voiture avec Geneviève, une personne « influençable, mais non manipulable ». C’est elle qui a préparé la feuille de route (selon l’itinéraire A). En le consultant, vous vous rendez compte qu’il existe un autre trajet (itinéraire B), bien plus court et moins cher. Vous lui assurez qu’elle économisera 50 euros et 1h30 de route en prenant l’autre itinéraire. Si elle n’est pas pressée et n’a aucun problème d’argent, vous n’aurez vraisemblablement pas gain de cause. Peu de gens refuseraient de changer de trajet s’ils sont certains d’économiser du temps, de l’argent et de l’énergie.

Pourquoi ces rares personnes sont-elles si difficiles à persuader ?

J’envisage deux possibilités pour Geneviève :

Soit vous êtes face à une personne très manipulatrice. Dans ses échanges avec autrui, elle a besoin de faire en sorte de présenter la nouvelle option comme venant d’elle, pour ne pas vous être redevable. De surcroît, si elle est narcissique, ce sera également pour se faire valoir. C’est donc en lui laissant l’impression qu’elle a eu l’idée de ce nouvel itinéraire que vous la convaincrez de suivre le trajet B. Si vous tenez à revendiquer l’initiative du changement, votre proposition ne sera pas reçue. Cela est d’autant plus vrai si elle est narcissique. Et si elle est perverse narcissique, elle n’hésitera pas à mentir devant vous, en clamant haut et fort que ce fut son idée de changer d’itinéraire. Ce sera sa parole contre la vôtre, ce qui est toujours le cas en l’absence de témoin.

Ce genre de comportement s’observe régulièrement en entreprise, lorsqu’un salarié est victime de mobbing.

Soit elle est psychorigide. Petite explication sur ce profil de personne : elle a une attitude mentale qui consiste en une incapacité à juger objectivement une situation et à se mettre à la place d’autrui (absence d’empathie). Son caractère manque de souplesse, l’autocritique est absente, en revanche l’autoritarisme et la méfiance sont très actifs.
Elle est probablement dénuée de fantaisie et communique mal. Attachée de manière non négociable à ses habitudes, valeurs et croyances, elle résiste à l’imprévu. Elle veut avoir raison plus souvent que les autres (elle déteste avoir tort et elle a de grosses difficultés à l’admettre) et n’aime pas changer d’avis (pour elle, c’est une faiblesse). Elle est perçue comme froide, intransigeante et en manque d’affectivité.

Le psychorigide (je parle de ceux que j’ai croisés dans ma vie) est très peu sensible au regard des autres : qu’on le traite d’abruti, même publiquement, ne l’égratigne nullement, du fait de l’absence d’autocritique. En outre, il n’est jamais pris au piège de la culpabilité, car pour cela, il faudrait qu’il puisse admettre avoir fait une erreur (par l’autocritique) et qu’il se sente (un peu) mal de l’avoir faite, ce qui n’est pas dans son fonctionnement. Or on a vu combien la culpabilisation est un levier puissant pour manipuler une personne lorsqu’elle s’estime, elle-même, faiblesensible, anxieuse ou perfectionniste et peu flexible.

Voilà pourquoi il est difficile, pour le psychorigide, de suivre les conseils, même pertinents et avantageux pour lui : il se méfie, il a ses habitudes, il résiste à l’imprévu et changer de choix est vécu comme une faiblesse.

Je suis donc persuadée que tout le monde peut se faire influencer (selon les enjeux), mais que très peu de personnes sont susceptibles de ne pas se laisser manipuler.

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