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Archive for the ‘Messages paradoxaux’ Category

Le crétois Épiménide (environ 550 avant JC) aurait dit : « Tous les Crétois sont des menteurs. ». Le croyez-vous ?

  • Si vous répondez « oui, je le crois », alors, puisqu’il est Crétois, il ment en disant que tous les Crétois sont des menteurs. Donc tous les Crétois ne sont pas des menteurs. Mais alors, s’il dit la vérité, il ment !?
  • Si vous répondez « non, je ne le crois pas, puisque les Crétois sont des menteurs ». C’est logique ! Si vous pensez qu’il ment, donc il ne dit pas vérité, alors tous les Crétois ne sont pas des menteurs, donc s’il ment… il dit la vérité ! Un peu perturbant n’est-ce pas ?

A présent, que vous inspire le panneau ci-dessous ?!

double-bind-panneau_tAvant de poursuivre la lecture, essayez de répondre à cette question, réellement, sincèrement.

Vous l’avez lu !? Mais enfin, il ne fallait pas, c’est pourtant écrit ! Vous ne l’avez pas lu ?! C’est impossible, mais supposons que ce soit vrai. Alors comment pourriez savoir ce qu’il dit ? Vous êtes bien obligé de le lire pour savoir qu’il vous interdit de le lire !

Le panneau interdit ce qu’il ordonne et ordonne ce qu’il interdit !

Si vous connaissez de très près un pervers narcissique, vous avez probablement compris de quoi il retourne : du paradoxe, de cette manière de communiquer qui sème la confusion jusqu’à rendre fou : un double message sous forme d’impasse insoluble parce que ses deux termes sont indissociables tout en étant en opposition ou a minima en contradiction.

Les demandes, les propos, les exigences contradictoires (on parle de messages paradoxaux, de double bind, de double injonction ou de double contrainte) visent à affaiblir l’autre, pour mieux le contraindre, jusqu’à la dépersonnalisation.

En effet, celui à qui sont envoyés ces doubles discours ne sait comment agir ni quoi dire, sans être sanctionné pour avoir eu forcément tort dans son interprétation ou pour n’avoir pas su discerner.

L’interlocuteur, fortement insécurisé, se trouve pris au piège. Si le contexte aberrant perdure, si ces messages contraignants se multiplient, il y a traumatisme et le cerveau développe une stratégie pour assurer sa survie.

L’utilisation des messages paradoxaux est la forme de communication privilégiée du pervers narcissique. Il excelle à s’en servir comme d’une arme. Dans la même conversation, la même phrase voire le même SMS, il tiendra des propos qu’il contredira, tout en ayant l’air de ne pas le faire ! Le cerveau du récepteur, en recevant des messages contraires, est mis à mal, ce qui entraine une grande fatigue cérébrale. Ce n’est ni plus ni moins que la méthode dite du lavage de cerveau. A quoi cela ressemble-t-il dans la vie quotidienne ?

Voici quelques exemples de comportements paradoxaux :

  • Il dira par exemple vous accorder toute la liberté dont vous avez besoin, y compris la liberté de vous exprimer. Pourtant, si vous rendez visite 3 jours à une amie, sans lui, il pourra vous punir en ne vous adressant pas la parole pendant plusieurs jours à votre retour. Quant à votre liberté d’expression, par une dévalorisation insidieuse, il fera en sorte que vous vous taisiez de votre propre initiative !
  • Il prétendra que vous êtes la femme de sa vie mais il cherchera à séduire d’autres femmes sous vos yeux pour vous mettre en compétition. Pire, il niera l’avoir fait et vous accusera d’être jalouse, tordue. Vous n’en ressentirez que plus de colère, d’amertume, de frustration, d’impuissance.
  • Il vous confiera qu’il ne supporte pas le manque de respect envers les femmes et dira toute son admiration pour cet ami qui méprise ouvertement la sienne.
  • Il affirmera que c’est bien normal que vous ayez eu une vie avant lui tout en plaçant l’idée, dans un second temps, que vous êtes une fille facile.
  • Bien que ses actes démontrent une indifférence à votre souffrance, votre mal-être, vos besoins, vos ressentis, vos goûts, etc., il clamera que vous êtes précieuse à ses yeux et qu’il vous aime.

Une amie a récemment rencontré un homme, dans un groupe. Ils se sont vus une journée, à la fin de laquelle il lui a demandé son numéro de téléphone. Dès le soir de la rencontre, il l’a « bombardée » de SMS pendant plusieurs jours. En clair, il l’a draguée. Les mots utilisés de manière floue et contradictoire sont la première clé de la communication paradoxale. Vous pourrez découvrir et suivre l’analyse à froid de ses messages dans un autre article.

Mettre en évidence un paradoxe entre deux propos écrits ou énoncés est « faisable ». Toutefois, cela n’empêchera aucunement le PN de jouer sur votre interprétation erronée. La mauvaise foi est leur fond de commerce. Si, de surcroit, l’un des messages est NON verbal, inutile de tenter de le confondre, vous allez vous éreinter.

La communication non verbale est la deuxième clé de la communication paradoxale. Elle constitue environ 90% de notre communication. Le cerveau perçoit plusieurs millions d’informations à la seconde dont de nombreux messages non verbaux qui induisent nos pensées et nos ressentis. Le verbe est perçu tel un accompagnement dans la communication pour notre cerveau. Ainsi, si quelqu’un vous dit qu’il apprécie son voisin tout en soufflant et levant les yeux au ciel avec une moue contrariée, vous conclurez évidemment qu’il ne l’apprécie pas. Mais, si vous deviez en parler à quelqu’un, que diriez-vous ? « Il apprécie son voisin » ou « il n’apprécie pas son voisin » ? Dans les deux cas, vous serez jugé(e) par le PN comme ayant compris de travers ou comme n’ayant rien compris !

La répétition de cette manière de procéder crée un doute toujours plus grand chez la victime : son ressenti est-il légitime ?

Fatalement, ses tentatives de faire des liens entre les mots et le non verbal, restent sans succès. De plus en plus perturbée, plongée dans le chaos, elle s’emmêle. Si elle tente de rapporter le discours du PN, elle tient un discours confus. Elle ne parvient pas à faire le tri entre toutes les contradictions qui opèrent comme un brouillage cérébral. Doutant toujours plus de ses capacités de compréhension, elle perd petit à petit confiance en elle et ose de moins en moins s’affirmer. Ainsi, le pervers narcissique peut, à loisir, la pointer du doigt, en reportant sur elle la responsabilité du trouble qu’il a lui-même mis en place. La victime n’a pas conscience que la confusion est entretenue pas le PN. Elle se remet en question.

Imaginez si votre conjoint vous dit : « tu es élégante » en prenant un air agacé. Si vous réagissez à ses mimiques : « tu n’aimes pas ? » il vous répondra, irrité, « je viens de te dire que je te trouve élégante ». Certes, il l’a dit MAIS vous avez AUSSI clairement perçu que sa pensée véritable, dévoilée par ses expressions, s’oppose à son discours et que vous devriez vous y fier. Plus vous tentez de lui faire admettre qu’il pense le contraire de ce qu’il dit, plus le PN niera farouchement. Il vous accusera même de déformer, de projeter, d’être excessif(ve) ou de vous faire des idées. Il répétera ce qu’il a dit et vous reprochera de l’accuser de mentir. Finalement, vous vous sentirez mal d’avoir eu de mauvaises pensées.

En outre, le pervers narcissique fait souvent en sorte que vous n’ayez pas le temps de traiter la contradiction en passant rapidement d’un sujet à un autre. Alors que votre cerveau inconscient cherche à traiter le premier paradoxe, il continue à recevoir toutes les nouvelles informations qui affluent à grande vitesse. Ce n’est, ni plus ni moins, que du harcèlement moral, parfaitement invisible à un œil non averti. Le PN n’hésite pas à vous couper la parole, vous museler, pour vous éviter de relever les incohérences qui s’enchaînent. Votre cerveau s’épuise, ne peut plus tout traiter car il est saturé. Ainsi « lavé », il est rendu incapable de traiter l’information. Alors, il la reçoit et « l’accepte » en l’état. Sa résistance et votre discernement sont annihilés. Vous l’avez compris, la stratégie développée par votre cerveau, si vous n’avez pas réussi à déceler le PN et à fuir cette relation dès le départ, est celle de la soumission. Vous êtes soumis(e) à un véritable conditionnement mental, à votre insu.

Cette communication est une véritable agression psychique. Le vocabulaire utilisé par le pervers narcissique étant commun, voire courtois (sauf lorsqu’il insulte ouvertement), le ton utilisé étant généralement cordial, amical, voire amoureux, il est très difficile pour la victime de discerner qu’elle subit une agression.

Nous tenons ici la troisième clé de la communication paradoxale : l’emploi d’un timbre de voix et d’un vocabulaire à priori ordinaire pour ne pas dire plaisant, tandis que s’opère sournoisement l’agression.

Ce qu’il faut retenir :

Ainsi acculée par les multiples contradictions verbales et non verbales qui déstabilisent totalement vos cerveaux conscient, inconscient et reptilien, vous êtes mis(e) sous haute tension psychique et émotionnelle, poussé(e) dans la confusion jusqu’à ne plus (ré)agir. Vous l’avez compris, il s’agit de manipulation mentale visant à prendre le contrôle de vos pensées, à l’insu de votre raison. Votre intelligence ne vous sera d’aucun secours. Vous voilà téléguidé(e).

Peu de personnes peuvent détecter le côté malade, fou, délirant, paradoxal des messages contraignants. Ce que l’on retient, normalement, ce sont les mots que nous avons entendus ou ceux qui répondent à nos attentes.

Nombreux sont ceux qui estiment être seuls maîtres de leurs pensées. Or, par cette technique permanente et invisible, le pervers narcissique contrôle environ 90% des pensées de son entourage. On peut comparer cette stratégie à un cheval de Troie ou à un virus informatique.

Alors, êtes-vous sûr que vos pensées sont vos pensées ?

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