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Archive for the ‘Livres’ Category

Il semble que les égos surdimensionnés soient l’objet de plus en plus d’études, de questionnements et donc d’écrits. Deux autres livres à découvrir, sur ce sujet :

Le petit livre des gros égos, paru en 2013, de Edouard Launet (Ed. Puf), journaliste scientifique, qui se fait plaisir en brossant quelques portraits de personnalités bien connues… 

– Le bal des égo, paru en 2014, du Pr. Laurent Schmitt, chef du Pôle de Psychiatrie à Toulouse. Un article écrit par Claire Chartier en octobre 2014 en parle, dans une interview accordée à l’auteur, pour l’Express.

Laurent Schmitt a été l’invité de Mathieu Vidard, sur France Inter, le vendredi 16 janvier 2015, dans l’émission « la tête au carré ». Pour l’écouter, cliquez ici.

« Les grands narcissiques sont des personnalités toxiques »

Par Claire Chartier – publié le 10/10/2014

Les individus au « moi » exacerbé causent des ravages insoupçonnés, explique le Dr Laurent Schmitt, dans un essai instructif et érudit, Le Bal des ego, publié chez Odile Jacob. Ce praticien, coordinateur du pôle psychiatrie des hôpitaux de Toulouse, s’alarme de la « flambée » du narcissisme contemporain.

"Les grands narcissiques sont des personnalités toxiques"

Selon Laurent Schmitt, dans une société matérialiste, en panne d’idéaux, seule compte la valorisation de soi. © Christian Bellavia pour L’Express.

On considère généralement le narcissisme exacerbé comme un travers assez bénin. Pourquoi estimez-vous, au contraire, qu’il est devenu un problème pour la vie en société ?

Parce que je constate, ces dernières années – et je suis loin d’être le seul médecin dans ce cas -, que de plus en plus de patients souffrent d’un mal-être lié à des problèmes relationnels. Ils vivent avec ou côtoient des personnes méprisantes, aux ego surdimensionnés, qui les disqualifient, les dédaignent ou les nient, ce qui entame énormément leur estime de soi. Le besoin d’être entendu, reconnu, et la souffrance de ne pas l’être s’expriment de plus en plus fortement.

Comment définissez-vous l’ego ?

Dans le langage commun, le terme exprime l’orgueil, la fierté, une vision de soi-même un peu exacerbée. Au sens psychologique, il signifie le moi, notre manière d’être au monde, notre personnalité, de même que notre capacité de maîtriser nos impulsions, tout en faisant preuve de sollicitude, d’empathie, de bienveillance. L’ego est notre texture et la conscience que nous avons de nous-mêmes.

En quoi se différencie-t-il du narcissisme ?

Le narcissisme est l’une des composantes de l’ego. Lorsqu’elle est hypertrophiée, on parle d’hyper-narcissisme. Il y a le narcissisme primaire, qui nous permet de nous « reconnaître » dans notre globalité de personne, et le secondaire, celui de notre caractère, qui nous met en relation avec les autres. Les personnalités hyper-narcissiques préservent leur équilibre psychologique grâce au cadre social qui les gratifie et à l’estime qu’elles suscitent dans un premier temps. Mais, lorsque ces conditions ne sont plus réunies, à la suite d’une rupture sentimentale ou d’une maladie par exemple, elles peuvent, elles aussi, s’effondrer.

Existe-t-il un bon et un mauvais narcissisme ?

Tout individu a besoin d’éprouver une bonne estime de soi, de pouvoir s’affirmer et entreprendre, de croire en ses talents, d’être autonome… C’est ce qu’Aristote nomme « le bon égoïsme », philautia, dans Ethique à Nicomaque. Il s’agit de la forme minime, presque « physiologique », du narcissisme ; celle que les parents doivent transmettre à leurs enfants pour que ces derniers se perçoivent comme des êtres humains de qualité.

Et puis il y a les troubles du narcissisme : soit la personne a une vision trop dégradée d’elle-même parce qu’elle a été soumise à des exigences excessives ou a été méprisée en permanence ; soit, au contraire, elle se considère comme grandiose et exceptionnelle, ce qui peut être une manière de surcompenser toute une série de fissures, comme le fait d’avoir été le moins aimé dans une fratrie ou d’avoir dû composer avec un handicap physique, à l’exemple de Talleyrand, affligé d’un pied bot.

Les hyper-narcissiques sont-ils toxiques ?

Oui, et même énormément dans certains cas. Comme ils ont d’eux-mêmes une vision sans limites, qu’ils manquent d’empathie et sont souvent dans la compétition permanente, ils induisent autour d’eux toute une série d’affects, qui vont de l’admiration à l’humiliation, en passant par le sentiment d’injustice. La personne qui se trouve face à un hyper-narcissique finit toujours par se poser la question : est-ce que j’existe pour lui ? Est-ce qu’il me manipule, est-ce qu’il veut me rabaisser ? Cet effet corrosif peut mener certaines personnes, plus fragiles, au suicide.

Provoquent-ils ces sentiments de manière délibérée ?

Dans le cas des pervers narcissiques, qui appliquent une stratégie pour blesser l’autre, oui. Mais ce n’est généralement pas l’intention de l’hyper-narcissique. Celui-ci veut « juste » dominer autrui, être le premier. L’une de mes patientes, par exemple, était mariée à un petit chef d’entreprise qui la rabaissait en permanence en lui disant : « Tu n’existes que par moi, c’est moi qui t’ai donné un métier, etc. » La démarche n’était pas perverse au sens propre, puisque le mari jouait cartes sur table. Le pervers, lui, commence par séduire, modifie ensuite sa stratégie, pour finir par disqualifier l’autre et le réduire à néant.

Que se passe-t-il lorsque ce genre de personnage est votre collègue de bureau ou votre patron ?

Il cherche à briller aux dépens des autres, à s’attirer les mérites de toute action, à supplanter les autres membres de son équipe. L’hyper-narcissique méprise souvent ses égaux pour ne fréquenter que ceux qui peuvent l’aider ou lui servir de marchepied dans sa carrière. Il peut être la cause, surtout lorsqu’il est en position de supériorité, de troubles liés au stress, comme les douleurs gastriques, les maux de tête, les douleurs musculaires…

Ces personnalités à l’ego boursouflé sont-elles conscientes de leur nuisance ?

Non, car à aucun moment elles n’ont en elles une petite voix qui leur dit : « Là, c’est trop. » Elles justifient leur ego par leur intelligence, leurs capacités ; il est rarissime qu’elles viennent demander des soins.

A lire aussi :  Hypernarcissiques : les quatre facettes du « je »

Les hyper-narcissiques ont cependant toujours existé…

Oui, mais ils étaient moins nombreux, parce qu’ils ne bénéficiaient pas de la réverbération médiatique dont ils jouissent aujourd’hui. Nous sommes passés à une phase d’industrialisation de l’ego. On connaît le mot de l’artiste Andy Warhol : « Dans le futur, chacun aura droit à un quart d’heure de célébrité mondiale. » Eh bien, cette possibilité est devenue une industrie.

Qu’entendez-vous par là ?

Les émissions de télé-réalité, par exemple, font la promotion des individus, à un degré encore jamais atteint dans l’Histoire. Prenez le concours du meilleur ouvrier de France, établi, lui, sur un modèle à l’ancienne : il se déroule dans l’anonymat le plus absolu ! Les notoriétés fulgurantes assurent un pouvoir d’exemplarité très supérieur au modèle classique. Alors qu’hier la renommée découlait d’une réputation intellectuelle, artistique ou scientifique durement acquise, aujourd’hui elle s’allume et se consume en un instant. Les selfies en sont un exemple parfait. Dans les siècles passés, lorsqu’un peintre faisait son autoportrait, cela pouvait lui prendre deux ou trois mois !

En quoi ce « bal des ego », que vous dénoncez, est-il lié à l’uniformisation de la société autour des modes de vie, de pensée, de consommation?

Lorsque tout le monde se ressemble, et que tout est possible à tout le monde, la société fabrique, dans un mécanisme de défense, des images emblématiques, iconiques, exceptionnelles. Dans nos sociétés, ce processus est allé de pair avec l’individualisme. Jadis, le besoin de s’affirmer en tant qu’individu n’excluait pas la participation à des projets communs et à des activités d’intérêt général.

L’homme du siècle des Lumières, celui des utopies communautaires ou des luttes ouvrières s’est battu pour l’avènement d’un monde meilleur. Aujourd’hui, c’est la seule valorisation de soi qui compte. Notre société matérialiste est en panne d’idéaux, de grands projets et d’objectifs humains. Elle s’est repliée sur une sorte de moi narcissique et minimal, où les seuls enjeux sont de consommer ou d’exister au regard des autres.

Vous voyez aussi dans cette floraison d’ego démesurés le produit d’un certain darwinisme…

Notre société en crise, en effet, applique la théorie de Darwin : pour survivre, il faut être le meilleur, au-dessus des autres. On n’avance plus ensemble, mais on se bat contre les autres. Ce qui amène le corps social à secréter des valeurs de sélection, et donc, à « fabriquer » des personnalités dominantes. La réflexion actuelle sur le souci d’être soi constitue une avancée. Mais ce souci de soi doit passer par la reconnaissance de ses capacités, la tolérance à l’égard de ses faiblesses, et l’affirmation de son libre arbitre. C’est de cette manière que la personne résiste le mieux aux stratégies d’emprise.

A lire aussi :  Comment se protéger des grands narcissiques?

Pour visualiser l’article sur le site d’origine, cliquez ici.

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Confessions d’une sociopathe

Sociopathe, psychopathe, pervers narcissique, beaucoup de similitudes entre les 3 profils. C’est pourquoi, j’ai voulu mettre cet article en ligne.

Sous la séduction, la destruction !

Confessions d’une perverse narcissique : « Je suis entièrement dénuée de remords »

Par L’Express, publié le 21/02/2014

« Confessions d’une sociopathe » brosse l’autoportrait d’une jeune femme à qui tout semble sourire. Elle aurait écrit sous un pseudonyme. Elle serait une brillante avocate américaine, de la communauté des Mormons. Bon, en même temps, si c’est une sociopathe, allez savoir ce qui est vrai ou faux dans ses « aveux-confidences ».

Voici un extrait de l’article paru dans l’Express :

Je suis une juriste accomplie, professeur de droit, une jeune femme ayant fait de bonnes études, respectée, qui publie régulièrement des articles dans les revues juridiques et a suggéré plusieurs théories légales. Je fais don de 10% de mes revenus à des organismes caritatifs, j’enseigne le catéchisme tous les dimanches. J’ai un cercle familial et amical rapproché que j’aime, et réciproquement. […]

Si vous me rencontriez, vous m’apprécieriez. Je n’en doute pas, parce que j’ai croisé un échantillon significativement large de personnes auprès desquelles mon charme a toujours opéré. J’ai le genre de sourire assez répandu chez les personnages de feuilleton télévisé mais plutôt rare dans la population normale, aux dents dont la blancheur éclatante est irrésistible. Je suis le rancard que vous adoreriez emmener au remariage de votre ex. Amusante, excitante, je suis l’escorte idéale – l’épouse de votre patron n’a jamais connu jeune femme aussi agréable. J’incarne aussi le juste équilibre entre intelligence et réussite qui ravirait vos parents si vous me présentiez à eux. […]

Les sociopathes sont renommés pour posséder un ego si boursouflé qu’il ne déparerait pas un tableau de Rubens.

Je transpire l’assurance à un niveau beaucoup plus élevé que celui que devraient me permettre mon apparence physique et mon statut social. Je ne suis pas très grande, mais je dégage une forte présence grâce à mes larges et puissantes épaules et à ma mâchoire carrée. Mes amis me font souvent remarquer ma dureté et ma démarche masculine. Je suis pourtant aussi à l’aise en robe qu’en santiags.

« Le regard du prédateur »

L’un des aspects les plus frappants de ma confiance en moi est peut-être ma capacité à soutenir les regards. D’aucuns appellent cela ‘le regard du prédateur et il semble que la plupart d’entre nous [les sociopathes] en soient dotés. Ce regard pouvant trahir l’hostilité, on recommande aux visiteurs des zoos de ne pas fixer les gorilles, qui risquent de l’interpréter comme un signe d’agression.

La majorité des gens ont l’air de penser la même chose, sinon les défier du regard ne serait pas un tel jeu pour nous. Les sociopathes diffèrent du reste de la population. Un contact visuel prolongé ne nous perturbe en rien. Notre inaptitude à poliment détourner les yeux est en général perçue comme de l’aplomb, de l’agressivité, de la séduction ou de la prédation. Elle désarçonne, mais d’une façon souvent excitante. […]

C’est du fait de la manipulation que la sociopathie est mal perçue. Je ne vois pas pourquoi. Il s’agit juste d’un échange de bons procédés. Une personne souhaite quelque chose de particulier – vous plaire, se sentir désirée ou utile, être vue comme quelqu’un de bien -, et la manipulation n’est pour elle qu’un moyen rapide et pas très net de se satisfaire et de faire plaisir. On pourrait tout aussi bien parler de séduction.

L’un de mes amis sociopathes m’en a donné un bon exemple. Un type veut vendre sa voiture 5 000 dollars, un autre veut en acheter une 10 000. Je connais les deux, qui, eux, ne se connaissent pas. J’achète la bagnole du premier à son prix, je la revends au second à son prix ; j’empoche la différence de 5 000. En économie, ça s’appelle de l’arbitrage et ça se passe tous les jours à Wall Street (et ailleurs). Chacun obtient ce qu’il désire, tout le monde est content, et il en va ainsi tant que les deux types ne font pas le lien et n’en apprennent pas plus que le strict minimum. J’encourage donc leur ignorance pour le bénéfice de tous… surtout le mien. […]

Pour lire la suite de l’article, rendez-vous sur ce lien : je suis dénuée de remords.

Vous pouvez aussi accéder au dossier complet de l’Express sur :

Notre dossier complet sur les pervers narcissiques 

 

ou encore lire le livre : Confessions d’une sociopathe. Dans la tête d’une manipulatrice, de M. E. Thomas, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Luc Rigoureau. Larousse, 367p., 15,90€.

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