Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Le champ de Narcisse’ Category

Dans le champ de Narcisse, Jean-Charles Bouchoux

Merci à une amie très chère pour m’avoir indiqué cet article de Laurence Biava, qui semble avoir trouvé le nouveau livre de J-C. Bouchoux utile et intéressant.

Cet article a été publié le 9 décembre 2014, sur le site suivant: le mot et la chose.

Après Les pervers narcissiques écrit et publié en 2009, Jean-Charles Bouchoux a souhaité écrire Dans le champ de Narcisse, dans la suite logique du précédent, pour rappeler que toute manifestation narcissique n’entraîne pas forcément de la perversion. L’ouvrage est très bien documenté. Et il comporte, en sa fin, la reproduction de deux entretiens téléphoniques passionnants.

dans-le-champ-de-narcisse_bouchoux_ovadia

Dans la première partie, l’auteur aborde les principales questions qu’on lui pose en consultation au sujet de pervers narcissiques. Et il répond avec beaucoup de patience et de pédagogie afin de comprendre pourquoi Narcisse prend tant de place dans notre société et dans nos esprits.

Le narcissisme, c’est une odyssée. D’où vient ce besoin d’exposer et de surexposer son intime ? Pourquoi la société, et nos propres parents ont-ils versé dans la paradoxalité, nous rendant presque narcissiques malgré nous ? Pourquoi rencontre-t-on, parmi les narcissiques, des pervers (pas tous), des psychopathes, victimes de leurs propres programmes ?

Pourquoi faut-il souvent une combinaison d’absence de père et d’une mère toute puissante, conditions presque « idéales » réunies chez les personnes devenues narcissiques ?

Voici ici, l’analyse de tous les comportements narcissiques portés à notre connaissance. On peut repérer, à travers les contes de la mythologie – comme l’avait fait Freud – et la figure d’Achille, de Münchhausen, l’affabulateur-Sauveur, celle de Che Guevara, de Jim Morrison, dont les symptômes narcissiques prononcés ont marqué nos consciences et orienté nos réflexions sur notre capacité à imiter, à mimer.

Avec nombre de témoignages recueillis et dispensés dans les chapitres, on comprend l’orientation de certains vers le fantasme de grandeur. On comprend surtout pourquoi la présence du père, dans toute relation, est fondamentale, indispensable. Qui préserve l’individu de sa souffrance.

Le père, en s’interposant, dans la dyade mère/enfant, signifie à celui-ci qu’il est UN mort. Il l’oblige à sortir du gynécée, et le castre de son sentiment de toute puissance. Il lui ouvre grand les portes du monde et l’invite à prendre une place, en fonction de ses capacités, à l’égal de ses pairs.

Le rôle du père est d’expulser l’enfant du gynécée, en l’obligeant à se créer un monde intérieurSi certains pères avaient été plus présents dans l’éducation de leurs enfants, il y aurait moins de pervers narcissiques (la faute aux mères castratrices ? Seulement ?).

Jean-Charles-Bouchoux_portrait

Le livre de Bouchoux brille également parce qu’il explique le mécanisme des ressorts délétères de nos habitudes, notamment par rapport aux réseaux sociaux, où la place de l’intime est galvaudée, où nous assistons à une forme de mutation totalement néfaste pour les individus que nous sommes. Pourquoi se dire en public ? A quoi ça sert ? Si l’on ne connaît pas tout à fait les causes de ces nouveaux comportements autrement qu’en y voyant une faille narcissique certaine, on peut néanmoins en apprécier les conséquences.

Si castration était le mot à retenir chez Freud, Paradoxe est celui qui domine aujourd’hui. Il est clair que nous avons régressé d’une société œdipienne à une société narcissique. D’une société où l’idéal à atteindre était le père et où l’angoisse de ne pas posséder ce qu’il faut, à une société où l’image prime, sur tout et où l’angoisse afférente est une angoisse d’abandon.

Point de jugements de valeur ici, dans cet essai qui cherche avant tout à comprendre, et à proposer des solutions. A défaut d’être tous des (pervers) narcissiques, nous sommes tous, à plus ou moins forte dose, des victimes. Nous pouvons renoncer à nos fantasmes de grandiosité : c’est ce qui nous fera grandir et nous préservera. Contrairement au pervers narcissique, vampirisé par ses mécanismes de défense, et qui, parce qu’il est malade, ne pourra jamais s’en sortir.

Article écrit par Laurence Biava

Publicités

Read Full Post »