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Comment le cerveau répond à la violence

cerveau

Les victimes d’agression qui ne réagissent pas parce que le cerveau les paralyserait dans un réflexe de survie psychique. Voilà une découverte majeure en neurobiologie qui explique bien des absences de réactions des victimes d’agressions physiques et de viol.

L’article ci-dessous, paru hier (le 20/03/2014) sur le site du figaro, explique.

La neurobiologie explique pourquoi les victimes ne crient pas pour alerter ou semblent parfois peu affectées par une agression.

Les récits de victimes de violences ne manquent hélas pas, avec -lorsqu’ils sont exposés publiquement- une étrangeté. Au lieu de susciter une compassion légitime, ils déclenchent parfois des réactions d’incompréhension de ceux qui ne les ont pas vécues en raison du manque de réaction des victimes. Les progrès de la neurobiologie et des techniques sophistiquées d’imagerie cérébrale éclairent pourtant d’un jour nouveau ce qui se passe dans le cerveau lors d’une agression et la constitution, ensuite, d’une mémoire traumatique. Pourquoi n’ai-je pas crié ? Pourquoi ne me suis-je pas débattu ?

Contrairement à ce que pensent de nombreuses victimes qui n’ont pas eu la présence d’esprit de réagir et la chance de bénéficier d’une aide spécialisée ultérieure, le choix ne leur appartenait pas. Dans un réflexe de survie psychique, leur cerveau a tout simplement choisi de les paralyser.

« L’agresseur qui isole, terrorise la victime va créer chez elle un sentiment de frayeur, de perte de repères, parfois même un sentiment de danger de mort qui la sidère », détaille le Dr Muriel Salmona, psychiatre-psychothérapeute et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie lors du colloque de la chaire santé de Sciences Po organisée vendredi 14 mars à Paris avec le soutien de la MGEN. « Cette sidération empêche de contrôler le stress extrême éprouvé, ajoute-t-elle, et le cerveau va disjoncter puisqu’il ne parvient pas à moduler la réponse émotionnelle. » Comme sous l’effet d’un venin paralysant, la victime sidérée ne peut plus réagir, se défendre, crier, s’enfuir.

Spectateur des violences

Deuxième mécanisme de survie psychique, la dissociation, autrement dit la déconnexion émotionnelle. Se dissocier permet d’être spectateur des violences que l’on subit, de s’en détacher. Mais les conséquences vont bien au-delà. « Quand on est dissocié, on est anesthésié émotionnellement, ce qui va désamorcer les réactions d’empathie que les autres auraient normalement », détaille le Dr Salmona. Car lorsque l’on n’exprime pas d’émotions sur son visage, les autres ne les ressentent pas. Ce qui explique qu’une femme battue puisse l’être sans que personne ne s’en doute.

Ce qui explique aussi que des médecins ou des policiers peu expérimentés aient parfois l’impression que l’agression est anodine, voire peu probable, puisque la victime semble si bien la supporter. Mais c’est précisément parce que l’agression est insoutenable que la dissociation se produit. Enfin, certaines victimes, pour diminuer leur angoisse, prennent des produits qui accentuent la dissociation, tels l’alcool ou la drogue. D’autres s’efforcent paradoxalement d’augmenter leur stress en se remettant par exemple dans des situations à risque pour « disjoncter » à nouveau.

Conduites d’évitement

Troisième processus, certaines victimes vont se retirer de la plupart de leurs activités d’«avant» et adopter des conduites d’évitement, de contrôle de leur environnement. Mais ce retrait risque au contraire de renforcer la mémoire traumatique. «Elle transforme l’espace de vie en terrain miné», souligne le Dr Salmona. Pourtant, une prise en charge spécialisée permettrait de transformer cette mémoire toxique en une mémoire autobiographique, où l’on est capable de raconter ce qui est arrivé. «C’est pourquoi il ne faut pas tout miser sur une résilience spontanée», insiste-t-elle.

Dans son livre Comment l’esprit oublie et se souvient (non traduit), Daniel Schacter, professeur de psychologie à Harvard, explique de la même manière qu’«il est important de faire la distinction entre ruminer des événements douloureux et les dévoiler à d’autres». Dans le premier cas, cela aggrave la situation, dans le second, cela produit au contraire des effets bénéfiques en profondeur.

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