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Archive for the ‘Auto-victimisation et responsabilisation’ Category

(Photo du coeur tiré du livre « Pour arrêter de souffrir » de Placide Gaboury, auteur canadien)

coeur_pansementPour toutes les raisons l’ayant conduite à ne pas avoir une bonne estime d’elle-même et à rester parfois (bien trop) longtemps sous la domination toxique de son conjoint, la partenaire est réellement victime d’une emprise mortelle. Mais victime jusqu’à quel point ?

Il est crucial d’admettre que vous êtes (ou avez été) une victime, d’abord de votre enfance puis de votre conjoint. Il faut d’abord être reconnue comme telle pour se libérer de cette position. Cependant, le risque du statut de victime réside dans la tentation de ne pas s’en dégager, sur le long terme. S’entretenir trop longtemps dans la situation peut présenter un vrai risque pour sa vie, mais peut également finir par lasser l’entourage, susceptible de conclure que si l’on reste dans une relation morbide, c’est qu’on le veut bien, que l’on est masochiste.

Nous savons que ce n’est pas le cas, le masochisme pouvant être défini comme l’attitude d’une personne recherchant le plaisir à travers la souffrance psychologique, vécue sous la forme d’humiliations subies et/ou de douleur physique qu’elle aime s’infliger elle-même ou se voir infliger par une autre personne. Posons d’emblée le postulat que nous ne sommes pas dans ce profil, dans la relation avec le pervers narcissique. La personne qui souffre des humiliations qu’inflige le PN se plaint de ce qu’elle subit, elle n’en retire aucune jouissance. Elle « accepte » de le subir car elle n’a pas les outils internes pour réagir correctement. Si elle les possédait, elle aurait fui au premier manque de respect de son partenaire. Mieux, il aurait lui-même détecté qu’elle n’avait pas le profil d’une proie.

Comprenons ce qu’est l’auto-victimisation

Chacun de nous a déjà été, un jour, réellement victime d’un patron abusif, d’un collègue acariâtre, d’un membre de sa famille agaçant, d’un voisin bruyant…  Qu’avons-nous fait ou dit pour faire cesser le désagrément ?

Comment réagissons-nous lorsque nous sommes victimes d’une personne malveillante ou d’une situation détestable ? Souvent, dans un premier temps, nous nous plaignons, puis nous passons à l’action. Cependant, il arrive que nous n’agissions pas, par des justifications plus ou moins recevables. Pour certains c’est une attitude récurrente, une manière d’être dans la vie, pour d’autres, il s’agit d’un état passager, liée à une situation particulière.

C’est l’auto-victimisation : c’est un processus psychique dans lequel l’individu se positionne lui-même en victime (indépendamment du fait qu’il en soit réellement une). Cette attitude trouve sa source dans une estime de soi défaillante et/ou un pessimisme avéré. Elle représente une échappatoire efficace qui permet en outre de recevoir l’appui et la compassion d’autrui, du moins, pendant un temps. Car il arrive un moment où elle sera essentiellement un moyen inconscient mais efficace d’éviter une remise en cause personnelle. 

Imaginons un cas :

Une femme à qui l’on présente une annonce pour un poste très intéressant. Il offre une bien meilleure adéquation à ses compétences que son poste actuel, un meilleur salaire (une meilleure qualité de vie à la clé). Mais voilà qu’elle répond : « Je ne pourrai pas avoir ce poste car mon nouveau directeur me déteste », « Une telle promotion est impossible, vu que je suis d’origine étrangère », « Je n’oserai pas postuler, je suis nulle, c’est ce que m’ont toujours fait comprendre mes parents, ils m’ont tellement dévalorisée ».

Supposons que chaque argument soit réel : son directeur ne l’aime vraiment pas, elle n’a jamais été valorisée par ses parents et elle est d’origine étrangère. Cependant, ses propos et sa posture mentale montrent une auto-victimisation : elle se sert de ces réalités objectives pour ne pas avoir à assumer un possible rejet de sa candidature. Elle s’apitoie, « accepte » de subir, par défaitisme, fatalisme. Elle rend l’entourage et/ou les circonstances responsables de sa situation. Elle légitime ses plaintes, se déresponsabilise et ne va pas de l’avant, elle reste donc à son poste actuel.

Pourquoi s’auto-victimiser ?

Les adultes victimes de pervers narcissiques ont généralement eu des parents malveillants, dysfonctionnels ou toxiques. Ils ont grandi avec un sentiment plus ou moins profond de culpabilité, de honte et de faible estime de soi. Pour eux, il est plus facile alors de se penser victime lors d’une situation difficile, afin d’éviter tout sentiment de honte ou de culpabilité susceptibles de réveiller les anciens traumatismes enfouis.

D’une manière plus générale, se placer en victime, permet de ne rien tenter, ne pas faire face, cela « permet » donc d’échouer à moindre frais psychologique. L’échec nous maintient dans une situation déplaisante. La situation désagréable nous permet de nous plaindre. Ainsi, la boucle est bouclée.

Cette attitude nous donne paradoxalement l’illusion de contrôler la situation grâce aux bénéfices secondaires que l’on en retire : de l’attention, de l’argent, un certain confort matériel, une possibilité de ne pas avoir à gérer la confrontation, etc.

C’est donc une façon de ne pas grandir. Mais il ne faut pas s’y méprendre, ces personnes sont pétries de peur. Chaque échec ravive leur sentiment de culpabilité d’être « mauvaises », a minima, ou au pire un profond sentiment de honte. Elles ont besoin qu’on leur tende la main et qu’on les aide à voir leur potentiel, leurs qualités, leurs forces.

Comment s’en sortir ?

Première étape : devenir conscient de notre penchant à considérer que nos problèmes viennent des autres.

Revenons vers notre employée. Elle ne peut pas revenir sur l’éducation qu’elle a reçue, sur le fait que son directeur la déteste ou qu’elle soit d’origine étrangère. Elle n’envisage un avenir négatif que parce qu’elle se considère d’emblée victime de variables extérieures. C’est un processus invalidant appris.

Face à un pervers narcissique, c’est le même processus. On se considère malchanceuse, on se dit que le sort s’acharne. On se laisse faire, honteuse, coupable, convaincue d’être incapable de réagir, de mettre un terme à notre relation car notre estime de nous-même est anéantie. L’étau se resserre fatalement surtout si l’on persiste à penser que c’est la faute des parents, du sort, de la mauvaise étoile. Il devient pourtant vital de parvenir à sortir du statut réel de victime en agissant. Cela oblige à nous responsabiliser.

Penser que les victimes subissent par faiblesse de caractère est une autre mauvaise interprétation de l’auto-victimisation. Elles ne possèdent pas les fondations internes sur lesquelles s’appuyer. Elles sont réellement en détresse mais elles ont trouvé une manière d’éviter de rouvrir leurs blessures anciennes non cicatrisées, par l’auto-victimisation.

Deuxième étape : changer notre regard

Une personne habituée à mettre ses échecs sur le compte de contextes défavorables, de mauvaises rencontres, se place en observateur passif, subissant les éléments externes. Il faut prendre les choses en main et agir, devenir un acteur de sa vie. 

Notre employée dit que son supérieur ne l’apprécie pas, mais il se peut qu’il reconnaisse ses compétences réelles et objectives et appuie sa candidature. Peut-être même souhaite-t-il se débarrasser d’elle et la voir quitter son service. Ses parents ne l’ont pas encouragée mais elle est devenue adulte et a peut-être des amis qui, aujourd’hui, peuvent l’aider à se préparer à l’entretien et la soutenir. Elle est d’origine étrangère mais elle a déjà un emploi, donc son origine n’est visiblement pas un frein à l’emploi.

Troisième étape : se remettre en question en ôtant le voile

On le sait, les pervers narcissiques ne se remettent jamais en question. N’oublions cependant pas que la victime et son bourreau ont tous deux une profonde blessure narcissique, qu’ils ont compensé différemment. C’est leur premier point commun. Leur deuxième point commun est que chacun attribue leurs conflits relationnels aux mauvais agissements de l’autre : tous les deux accusent l’autre du fiasco conjugal, bien qu’ils n’en tirent pas le même bénéfice. Le pervers narcissique se défoule sur l’autre en l’humiliant, pour se rehausser, la victime s’apitoie sur sa vie en accusant le mauvais sort, la vie, ses parents, sa mauvaise étoile de l’avoir placée dans pareil désastre amoureux et se persuade, à tort, qu’elle ne peut pas en sortir. 

Ôter le voile, signifie que la victime doit à présent retirer ses lunettes déformantes, prendre conscience que ses actes ont aussi des conséquences. Il convient de se poser les bonnes questions. Pourquoi suis-je dans cette situation ? Pourquoi est-ce que je reste ? Que dois-je faire pour que cela cesse ? 

Quatrième étape : agir

Il ne s’agit pas de nier les traumas du passé ni le contexte actuel. 

Dans son livre « Plus jamais victime », Pierre Pradervand écrit le récit de deux frères, fils du même père alcoolique, qu’un psychologue avait interviewés. L’un était devenu alcoolique, l’autre ne touchait pratiquement pas à l’alcool. Le premier, qui se voyait comme victime de son éducation, répondit au psychologue que son alcoolisme était facile à expliquer : « Voyez-vous, mon père était un alcoolique. On peut dire que j’ai appris à boire sur les genoux de mon père. » Le second répondit : « Voyez-vous, mon père était un alcoolique. On peut dire que j’ai appris très tôt dans la vie que l’alcool peut être un poison. »

Le contexte actuel et l’environnement dans lequel on a grandi comptent. Le caractère influe sur notre capacité à résilier naturellement. Le deuxième frère, spontanément, se tient éloigné de l’alcool, il ne subit pas ses traumas passés, il agit différemment.

Notre employée peut décider qu’elle est capable d’obtenir le poste, avec l’aide d’amis bienveillants, d’un thérapeute compétent. Si toutefois elle échouait à obtenir le poste, elle pourra poursuivre le travail d’intégration de l’échec comme n’étant pas une fin en soi. Peut-être pourra-t-elle analyser les erreurs commises au cours de l’entretien, peut-être apprendra-t-elle que le nouveau poste était ouvert dans un service où les collègues n’auraient pas été bons pour elle. Peut-être y verra-t-elle l’occasion d’avoir pu « s’entraîner » pour un futur entretien lui ouvrant des perspectives plus intéressantes encore.

Synthèse 

Il n’y a pas de jugement de valeur à porter sur la propension à se poser en « victime » d’une personne. L’accuser de masochisme est une lourde erreur qui, loin de l’aider, ne fait que renforcer sa mauvaise estime d’elle-même. Lorsqu’elle réalise enfin qu’elle fait fausse route, elle doit apprendre à sortir de sa zone de confort * pour ne plus subir. Cela requiert du courage, car elle doit passer par les étapes suivantes :

  • Identifier le problème du moment.
  • L’analyser pour le comprendre.
  • Prendre conscience de son propre rôle dans situation, y compris dans la relation perverse.
  • Reconnaître les bénéfices secondaires dans notre auto-victimisation, sans jugement, avec bienveillance envers soi-même.
  • Sortir de l’illusion que l’autre va changer, cesser d’envisager que la perversion va s’arrêter : réagir en adulte non victime passe par le deuil de nos névroses infantiles.
  • Agir plutôt que subir, se responsabiliser au lieu de se victimiser.

L’ensemble des étapes procède d’une longue mutation par paliers successifs et ceci est absolument valable dans la relation avec un pervers narcissique. Reconnaître que vous êtes une personne digne d’être aimée, ayant des qualités, en travaillant sur vous (sur les axes suivants : amour de soi, confiance en soi, vision de soi, estime de soi et assertivité). L’objectif final est de vous délivrer de vos peurs, de votre fatalisme, de votre défaitisme, de votre pessimisme pour cesser de vous soumettre, vous résigner et de vous apitoyer.

Vous êtes une belle personne, c’est la raison numéro 1 pour laquelle il vous a choisie alors relevez le défi, relevez-vous, retrouvez votre dignité, grandissez, un merveilleux cadeau vous attend !

Celui qui veut faire quelque chose trouve un moyen, celui qui ne veut rien faire trouve une excuse.  (proverbe de source incertaine)

 

Pour les curieux, une vidéo sur la zone de confort, très utile et qui dure moins de 8 minutes.

* Zone de confort (en anglais sous-titré en français)

 

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